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Déesse du vin Modifier

Il faut bien le reconnaître, une majeure partie de la région vit au rythme de l’orge malté. Néanmoins, quiconque visite l’extrême sud de la terre de Fangh y verra des vignes, et on dit que les Pirates Mauves eux-mêmes ne rechignent pas à braquer une cave de temps en temps. Pour se prémunir contre leurs attaques autant que contre les aléas du temps, l’Homme [1], qui a la religion facile, a tourné ses prières vers les grâces de Picrate.

Picrate, c’est avant tout un concept. Une idée lumineuse. En l’occurrence, une bande de fêtards plus malins que les autres, sans doute plus avinés aussi, se dit, on ne sait trop quand ni comment, qu’une divinité du vin, c’est une divinité qui boit beaucoup, qui sourit bêtement, trébuche dans le jus de raisin, laisse bâiller sa tunique de façon suggestive, et finit souvent, en fin de soirée, par faire des choses que la morale réprouve. Et donc, que quitte à adorer une divinité du vin, autant que ce soit une accorte déesse. Un laps de temps indéterminé plus tard, puisqu’on n’a pas su dater cet épisode pas forcément mémorable de l’histoire viticole, les croyances sont bien ancrées, et si l’on en croit les diverses représentations qui sont faites de sa personne, Picrate, c’est Lafoune avec de la couperose. Blonde, gracieuse, dotée d’une poitrine aussi improbable que sa chute de reins, son effigie couronnée (et parfois uniquement vêtue) de grappes de raisin se décline en gravures, peintures et mosaïques. Compte tenu de la piètre qualité d’une bonne partie de la production des caves fanghiennes, cette iconographie redondante est sans doute leur meilleure publicité.

A la nouvelle année, une procession descend des coteaux environnants pour balader Picrate dans la ville de Takayalé. La statue de la déesse, couronnée de rubans parce que la vigne n’est pas très décorative en hiver, est ensuite installée sur la place du marché, où les gens l’apostrophent joyeusement en ces termes : "Takayalé... Ayétuyès !". Puis on la remonte avant la nuit dans son sanctuaire, d’où elle veillera sur les vignobles tout au long de l’année.

La fête des vendanges, dont la date dépend de la météo, est l’occasion d’une grande beuverie où l’on tente d’atteindre la grâce divine par des moyens assez peu conventionnels. On dit en effet que l’homme aimé de Picrate est celui aux yeux duquel toutes les femmes ressemblent à la déesse. Cette croyance pousse les vignerons à boire ce soir-là avec aussi peu de discernement et de modération que la société civile le soir de la fête du Vin Nouveau Frelaté [2]. Une fois complètement pinté, si on ne fait plus la différence entre sa femme et une autre... c’est bon, on y est.

D’où l’enseignement principal du culte de Picrate : la grâce divine, ça fait mal à la tête.

Références Modifier